Lutte antiterroriste : au delà des slogans

  28 Août 2019  0Napoléon Bonaparte qui s’y connaissait en art de la guerre disait : « On se bat avec l’armée qu’on a »…

Voyons donc de quelle armée nous disposons.

Faut-il le rappeler, notre armée n’était pas, depuis sa création, une armée vouée à la défense du territoire, mais aux opérations de police et aux parades lors des manifestations officielles du genre Fête de l’indépendance.

Pour les fantassins, aucun niveau de scolarité n’était exigé contrairement à la police et à la gendarmerie.

Par contre, les critères de sélection aux Prytanée Militaires de Ouaga, Bingerville et St-Louis étaient très sévères. On sélectionnait des élèves très brillants pour en faire des officiers qui passaient ensuite par le Maroc ou Madagascar ou Yaoundé, puis invariablement par St-Cyr en France.

Puis vinrent les missions onusiennes à partir des années 2000. Alors ce fut le recrutement par complaisance où on plaçait les petits neveux et autres cousins bandits ; également les deals pour entrer dans l’armée afin d’aller faire du fric dans ces missions de maintien de la paix.

Les soldats devinrent des propriétaires immobiliers, et les gradés des hommes d’affaires…

Les mutineries de 2011 était d’ailleurs dues à ces missions onusiennes. Une partie des mutins qui avaient acheté leurs places dans l’armée pour aller faire fortune se sont sentis floués car ils n’ont pas eu lesdites missions.

Ceux qui y étaient se sont rendus compte que bien que l’ONU payait le même somme pour chaque soldat, les soldats burkinabè étaient ceux qui recevaient la plus faible part de ce que l’ONU donnait pour eux…

La principale conséquences de ces mutineries fût le désarmement de toutes les casernes et la mise sous clé des armes et munitions dans les entrepôts du RSP.

Dès lors, pendant au moins 6 ans (2011-2015) notre seule unité entraînée et opérationnelle était le RSP avec ses moins de 1 500 hommes dont une partie affectée au Renseignements, et une aux missions onusiennes.

Et comme si cela ne suffisait pas, le RSP fait un coup d’état qui aboutit à son démantèlement au moment même où le conflit malien commence à déborder au nord du Burkina, dans le Soum.

l’État débordé, les FDS désorganisées, la classe politique focalisée sur ses conflits liés à l’insurrection, face à l’insécurité galopante, des Kogl weogo d’un nouveau genre firent leur apparition, souvent sous les des populations.

Beaucoup ne voulurent pas voir le danger à terme de ces milices armées. Seuls les résultats immédiats comptaient.

Personne n’a voulu réfléchir aux nombreux camouflets qu’ils infligèrent à Simon Compaoré alors ministre d’État à l’intérieur et à la sécurité.

Puis il y eut Tialgho, Karangasso Vigué, Makognèdougou, Niangoloko, Saponé, Yirgou, Youga…

Toujours pas de prise de conscience, toujours des calculs électoralistes…

Dans un article très remarqué dans le journal Le Monde du 05/09/2018 à propos de l’extension du conflit à l’est du pays, Mahamoudou Savadogo, ancien gendarme devenu chercheur à l’université de Ouagadougou et au Centre de recherches pour le développement international (CRDI), disait :

« Aujourd’hui, les koglweogo n’osent pas s’opposer directement à ces groupes, dont les leaders sont très influents. S’attaquer à leurs fils, ces « princes » radicalisés, signifierait perdre l’appui et le soutien des chefs traditionnels. Le tandem forces de sécurité-milices commence à s’essouffler face à l’émergence d’une nouvelle menace terroriste. L’armée va devoir revoir sa stratégie. »

Au Burkina, il ne récolta que des réactions hostiles.

Or hier, un soit disant état-major général des Kogl weogo s’est fendu d’un communiqué pour lever toute toute équivoque : Pas question pour eux de se mêler de la lutte antiterroriste, même en tant qu’informateurs de l’armée !

On ne peut plus clair !

Voilà d’où nous partons. De très loin, et aucunement préparés à faire face à ce défi sécuritaire. Ni militairement, ni moralement !

Après une première année de errements où il a passé le temps à accuser l’ancien régime d’orchestrer les attaques terroristes sur notre sol, le nouveau pouvoir a fini par prendre la mesure de ce danger systémique et a commencé à organiser une montée en puissance de notre armée. Notamment en termes d’armement.

Mais on se bat avec l’armée que l’on a. Et le populisme de la communication officielle n’aide pas la population à prendre conscience de la fragilité de la situation.

La plupart de nos soldats ne sont pas entrés dans l’armée pour se battre ! Que ce soit dans une guerre conventionnelle ou dans une guerre asymétrique !

Voici la réalité qu’on vous cache.

Et vous y participez en reprenant les slogans à la gloire de nos FDS et en imputant tous leurs échecs à la hiérarchie militaire et au pouvoir politique.

Ils ont certes leurs responsabilités, d’autant plus qu’ils sont comptables eux aussi des 30 dernières années de l’histoire de ce pays, et il doivent prendre leur part. 

Mais ne leur imputons pas plus que leur part. On se bat avec l’armée qu’on a, c’est à dire le peuple qu’on a !

Hope this helps.

Maix.

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