Procès du putsch manqué de septembre 2015 : des débats de forme qui accouchent d’une souris

Le procès du putsch manqué  de septembre 2015 s’est ouvert le mardi 27 février 2018, devant le Tribunal militaire de Ouagadougou, délocalisé pour l’occasion à la salle des banquets de Ouaga 2000.  Devant le Tribunal militaire, les généraux Gilbert Diendéré et Djibrill Bassolé et 83 autres accusés vont répondre de divers chefs d’accusations. Pour l’heure l’incertitude demeure et les Burkinabè devront prendre leur mal en patience, car à l’issue d’un débat de fond sur la régularité du Tribunal militaire, les avocats de la défense ont claqué la porte et le procès a été suspendu.

Au premier jour du procès du putsch manqué  de septembre 2015, les avocats de la défense, à l’issue d’interminable débats de forme sur la régularité du Tribunal militaire ont claqué la porte. Comme on pouvait bien s’attendre, le président du Tribunal, Seydou Ouédraogo a suspendu la séance.

Des joutes juridiques interminables

Dès l’entame du procès, les conseils de la défense ont soulevé la question portant sur la compétence du Tribunal militaire. Pour rappel, la cour est constituée de 5 juges, dont trois juges militaires et deux juges assesseurs civils. Ainsi, la compétence de la cour a été remis en cause, car à en croire la défense, les deux généraux qui  figurent dans le box des accusés doivent être jugés par des hauts gradés selon le code de procédure de la justice militaire, alors que sur le cas précis, ce n’est pas le cas, le seul haut gradé éligible est le général de brigade Tenga  Robert  Djiguemdé, les autres (le général de division Ali Traoré, le général de division Kouamé Lougué, et le général de brigade Traoré Ibrahim), ont tous été récusés, après une suspension, car cités comme témoins.

La légalité du Tribunal mise en cause

Après cet épisode, la défense, revient à la charge et remet en cause la légalité du Tribunal lui-même. Pour eux, le renouvellement des membres du Tribunal militaire a été promulgué le 22 février dernier et il faut attendre 8 jours après la publication du décret dans le Journal officiel pour que ses membres puissent siéger, cela conformément au code de procédure due la justice militaire. La partie civile représentée entre autres par Me Guy hervé Kam et Me Zampaligré n’a pas la même lecture de l’article 117 du code de procédure due la justice militaire.

Selon eux, il n’est pas dit qu’il faut forcément attendre que le décret soit publié dans le Journal officiel pour prendre effet, le décret de renouvellement des membres du Tribunal militaire étant un acte individuel, une simple notification, par conséquent suffit à lui donner tout effet. Après une seconde suspension et des débats sur la question à la reprise. La défense demande donc au Tribunal de tirer toutes les conséquences sur l’irrégularité du Tribunal.

Le président du Tribunal prend acte, et suggère une fois de plus que la question puisse être discutée ultérieurement. Il demande donc à ce qu’on procède au tirage au sort des juges assesseurs. Pour manifester son désaccord sur la décision du président du Tribunal, les conseils des accusés décident de quitter la salle. Le président suspend la séance. La date de la reprise du procès devra être communiquée dans les jours à venir.

Une salle d’audience prise d’assaut

L’ouverture du procès du putsch manqué  de septembre 2015, était un évènement tant attendu par nombre de Burkinabè. A cet effet, ils étaient nombreux à ne pas se faire conter l’évènement. Très tôt dans la matinée la salle des Banquets de Ouaga 2000 a été prise d’assaut. Qui venait par être témoins de ce que d’aucuns qualifiaient de procès historique, qui venaient pour témoigner son soutien aux mis en cause. Mais le plus grand nombreux était ceux qui ont mis échec à l’aventure du général Diendéré et Cie. Munis de banderoles, les victimes et les parents de victimes du putsch étaient déjà sur les lieux aux premières heures de la journée. Par la suite arriveront certains leaders de la société civile, tels que Smockey et Johan  Oscibi du Balai citoyen, Nassourou Guiro du Mouvement plus rien ne sera comme avant et Boukari Conombo du Brassard noir, pour ne citer que ceux-là. Leurs avis sur le procès…

Smockey, Balai citoyen

Nous attendons que le droit soit dit et que toute la vérité soit dite afin que les victimes et leurs parents aient un début d’apaisement. Nous faisons jusqu’à présent confiance à la justice, à eux de nous faire voir que nous n’avons pas tort. A mon avis, le procès devrait être retrasmis en direct pour que l’ensemble du peuple burkinabè puisse savoir la vérité sur ce qui s’est passé.

Johan Oscibi du Balai citoyen

En tant que blessé du putsch, je suis content de l’ouverture du procès parce que nous voulons avoir des réponses sur ce qui s’est passé. Nous voulons savoir pourquoi, ils ont fait le putsch, qui a donné l’ordre de tirer sur la population. Pour nous, le verdict n’est pas la priorité, la priorité, c’est d’avoir des réponses.

Nassourou Guiro du Mouvement plus rien ne sera comme avant

Nous pensons qu’il faut renforcer la sécurité, car nous ne sommes pas satisfaits du dispositif sécuritaire. En plus, il faudra permettre à la presse de rentrer avec leurs appareils, car la presse nous a aidé pendant la résistance. Nous demandons ensuite que le droit soit dit.

Chrysogone Zougmoré du Mouvement burkinabè des droits de l’homme

Nous nous réjouissons du début du procès et nous souhaitons qu’il aille jusqu’au bout. Nous espérons également que le procès puisse reprendre pour que la justice puisse être rendue aux victimes. Nous nous attendions à ce genre de débats entre avocats.

Ouaga 2000 sous haute surveillance

Comme on pouvait bien se douter la sécurité était de mise aux alentours et au niveau de la salle d’audience. Gendarmerie, CRS, militaire, toute l’armada sécuritaire a été déployée du côté de la salle des banquets de Ouaga 2000. Dès l’hôtel Laïco, des barrages étaient dressés et il fallait montrer patte blanche pour accéder au périmètre de sécurité.

Pas de téléphone !

Les téléphones portables et tous autres appareils étaient proscrits sous peine d’amende, dans la salle d’audience et ce n’est pas les journalistes qui vous diront le contraire. Ces derniers ont été contenus par la sécurité au niveau de l’espace vide qui jouxte le Centre international de conférence de Ouaga 2000 et ont dû faire le pied de grue pour pouvoir capter des bribes d’informations.