Malick Toguyeni: le burkinabè qui se vend cher entre Boeing et Microsoft

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Après avoir passé quatre années à Boeing, le géant mondial de la construction d’avions, Malick Toguyeni, un jeune burkinabè, travaille aujourd’hui à Microsoft où il est, depuis 2016, l’un des responsables des ventes des appareils (ordinateurs). En vacances à Ouagadougou, Sidwaya l’a rencontré le 19 août 2019. Portrait.

Vivant à Seattle, aux Etats-Unis d’Amérique, le jeune burkinabè, Malick Toguyeni, a un parcours professionnel qui force l’admiration et impose le respect. A 29 ans, il totalise quatre ans de carrière à Boeing, l’une des plus grandes compagnies de construction d’avions, et trois ans à Microsoft, le géant mondial de l’informatique. Dans ces multinationales américaines, l’enfant prodige du Faso a vite gravi les échelons et occupé d’importants postes, voire stratégiques. Embauché au siège de Boeing en 2012, avec son bachelor en gestion/comptabilité obtenu à l’université de Washington la même année, le jeune Toguyeni, en tant qu’analyste des affaires et de la planification, fait partie de l’équipe chargée d’élaborer le budget annuel pour les ingénieurs qui construisent les avions de Boeing. « Avec mes collègues, je devrais voir si Boeing a les ressources pour engager les ingénieurs. Autrement, quel nombre d’ingénieurs doit-on garder ou libérer afin d’atteindre les projections de production », explique celui qui a fait ses études primaires à Ouagadougou (l’école de l’Amitié et La Source) et son secondaire à l’école française de La Haye, au Pays-Bas.

Booster les ventes de Microsoft

A son deuxième poste à Boeing, le natif de Ouagadougou aura sur ses frêles épaules de jeune cadre, la responsabilité de définir le budget des achats des différentes pièces pour le montage des tubes et conduits de fuselage, qui sont utilisés pour faire passer le carburant, l’air et autres liquides, explique-t-il. Enfin, le Burkinabè de Seattle va intégrer le cercle restreint de l’équipe de coordination des  équipes de finances des filiales de cet avionneur qui sont implantées aux Etats-Unis, au Canada, en Australie.

Après ce brillant passage chez le géant de l’aéronautique, M. Toguyeni va faire valoir ses compétences à Microsoft, dans le département de vente des ordinateurs portables, où il a été appelé pour aider à booster les ventes de cette compagnie fondée par Bill Gates et Paul Allen, en avril 1975. « Mon job est de définir des contrats d’objectifs de vente pour tous les distributeurs d’ordinateurs Microsoft dans le monde ; et de les accompagner à réaliser leurs objectifs à travers  des mécanismes et des outils que je mets à leur disposition,  tels  que la réduction des prix de vente et la hausse du taux de leurs commissions.  Ce n’est pas une tache facile, mais je le fais avec une équipe de cinq personnes », soutient l’ancien écolier de la Source.

Adulé par ses collaborateurs

Au siège de Microsoft où il est employé depuis 2016, celui qui fait la fierté du pays des hommes intègres au pays de l’Oncle Sam, ne cesse de grimper les marches dans sa carrière professionnelle. « Dans mon entreprise, il y a trois niveaux graduels de promotion : analyste financier, manager en finances,  et senior manager en finances. A chaque niveau, il y a deux échelons à franchir. Je suis actuellement manager en finances et espère continuer à progresser pour devenir PDG  un jour», précise Malick Toguyeni. Et sans aucun complexe qu’il assume ses responsabilités dans cette multinationale. Mieux, son professionnalisme est reconnu et salué par ses collaborateurs. « Les gens apprécient bien ce que je fais. Mes patrons aiment bien mon  affaire », fait savoir celui qui adore les « pains bro » (pain avec brochettes) de Ouaga.

Et d’ajouter que son rêve c’est de devenir CFO (Chief Finance Officer), c’est-à-dire chef des finances, le plus haut niveau en matière de finances. Une position qui lui permettrait, espère-t-il,  de convaincre des investisseurs américains à venir investir dans son pays natal, notamment dans les domaines de la construction d’ordinateurs, de téléphones, de l’industrie, etc. ; car, dit-il, il y a beaucoup de possibilités au Burkina. Mieux, il reste disposé à offrir son expertise à sa mère patrie. « Si le Burkina a besoin de mon aide dans mon domaine de compétences, je suis prêt à le faire, soit à partir de là où je suis, soit en rentrant au pays. Si par exemple il y a des investisseurs américains qui arrivent au pays et qu’on a besoin de mes conseils, je suis disponible et serais fier de servir mon pays.», rassure-t-il, modestement.

Mais comment ce jeune Gourmantché de Fada  a réussi à intégrer ces mastodontes de l’économie mondiale ? « C’est une longue histoire », rétorque-t-il.  Avant d’ajouter que tout est parti d’un stage qu’il a obtenu grâce à une lettre de recommandation du patron de son université. « Quand je suis arrivé à Seattle aux USA, en même temps que je partais à l’école, pour  payer mon loyer, j’avais deux boulots au sein de mon université : tuteur de maths et de français et serveur dans un restaurant. Cela m’a rapproché du premier responsable de l’université qui m’a trouvé très dynamique, travailleur et social.  Quand j’ai fini mon bachelor, il m’a fait une lettre de recommandation qui m’a permis d’avoir un stage à Boeing », témoigne-t-il.

Le « penseur   en dehors de la boîte »

Toujours par son dynamisme, son ardeur au travail, et ses prises d’initiatives, Malick Toguyeni va se faire remarquer durant ses trois mois de stage. « Pendant mon stage à Boeing, j’ai travaillé dur, je me suis fais des relations. J’y ai fait des choses différentes, que les autres stagiaires ne faisaient pas. Etant stagiaire, j’ai permis à l’équipe de Boeing, au sein de laquelle  j’étais en stage, d’aller s’inspirer de l’expérience d’une autre compagnie. Cette initiative  a été très bien appréciée par les responsables de Boeing qui ont trouvé que j’étais quelqu’un qui pense en dehors de la boite, qui sort des sentiers battus. A l’issue de mon stage de trois mois, ils m’ont proposé un travail à temps plein», relate-t-il.

Quant à son intégration à Microsoft, il la doit à une rencontre fortuite, à travers le bénévolat qu’il faisait en marge de son travail, dans le cadre de l’Association des Comptables   Noirs (NABA : National Association of Black Accountants), dont il fut vice-président pour le siège de Seattle pour une année.  Un groupe de réseautage  à travers lequel Malick et ses camarades sensibilisent les enfants des  minorités aux métiers et opportunités d’emplois dans le domaine des finances. Car, dit-il,  aux USA, malheureusement, le rêve de la plupart des enfants des minorités c’est la musique, le basket, le foot. « Et c’est à travers ce groupe que j’ai rencontré un monsieur qui travaille à Microsoft, qui a trouvé que j’avais de bonnes qualités et qu’il souhaiterait que je rejoigne une des équipes de Microsoft», confie-t-il.

De sa petite expérience,  ce jeune financier, soutient, la tête sur les épaules et les pieds sur terre, que le succès d’un homme repose sur le travail, le sérieux, l’intégrité et surtout le sens des relations humaines. « Il faut toujours essayer de tisser  de bonnes relations aussi bien dans le milieu professionnel que social, car ce sont le travail et la bonne réputation qui vont t’ouvrir des portes demain. Si je n’avais pas été en bons termes avec le boss de mon université, il ne m’aurait jamais fait une lettre de recommandation qui m’a permis de décrocher un stage, puis un emploi à Boeing. Si je n’avais pas une conduite exemplaire dans mon travail de bénévolat, je n’aurais pas fait une connexion avec la personne qui travaille à Microsoft ; et il ne m’aurait jamais recommandé de venir travailler à Microsoft », confesse-t-il. Et d’insister que l’éducation familiale constitue le ciment de toutes ces valeurs. D’ailleurs, le mode de vie de ses parents a été pour quelque chose dans l’orientation se ses études supérieures. «Tout petit, je voyais que mes parents étaient rigoureux en matière de planification, de gestion financière. Cela m’a inspiré à choisir la comptabilité comme branche d’études», affirme-t-il.

Malick et la politique

Aux jeunes burkinabè et africains qui ont des rêves et des ambitions à réaliser, il prêche le discours du réalisme et de la persévérance. « La vie réelle n’est pas comme facebook où tout semble beau, facile. La vie n’est pas une ligne droite. Chacun doit créer  son chemin et se battre vaille que vaille pour y arriver. Il ne faut jamais dire, moi je suis ceci ou cela, donc je ne peux pas faire telle ou telle chose », conseille-t-il. Aux décideurs politiques, il leur demande d’investir énormément dans l’éducation et de créer les meilleures conditions pour permettre aux jeunes de libérer leur potentiel et de se réaliser, en facilitant par exemple leur accès aux meilleures universités. Pour lui, le Burkina, avec ses quantités de soleil, devrait être un leader mondial en matière d’énergie solaire.

Malick va-t-il faire la politique un jour dans son pays d’origine? Sa réponse qui ne tarde pas est on ne peut plus clair. « Non ! Je pense que j’ai des qualités et des compétences dans les finances. Je préfère rester dans ce domaine et laisser la politique à ceux qui ont plus d’habilités et de compétences en la matière», argumente-t-il. En tout état de cause, il reste très attaché à sa mère patrie et est peiné par ce qui se passe sur la terre qui l’a vu naître, avec ces attaques terroristes.

« C’est très triste de voir ce qui arrive à mon pays. Les burkinabè se battent au quotidien pour nourrir leurs familles. Et dans ce contexte, il y a des gens qui viennent nous attaquer, nous effrayer, nous mettre la pression pour changer notre mode de vie. Je prie pour mon pays, et j’ai bon espoir qu’il retrouvera la paix bientôt », conclut-il.

Mahamadi SEBOGO

windmad76@gmail.com

Sidwaya